Par Louise Poulin, conseillère ASGEMSQ
Tiré du Feuillet pédagogique de février 2012
En feuilletant mon journal pour passer la section économie, je suis restée accrochée à un mot qui semblait tout à fait hors contexte : guimauve!
Nous sommes en 1972, en Californie. Des chercheurs offrent des guimauves à des enfants de 4 ans qu’ils invitent dans une pièce, un à la fois. Voici une guimauve, dit le chercheur. Tu peux la manger. Mais je vais revenir dans quelques minutes. Si tu n’as toujours pas mangé la guimauve, je vais t’en donner une autre. C’est ton choix. Tu la manges ou tu la gardes.
Intriguée, je lis le reste du texte, je regarde la vidéo du test et je fais des recherches sur le
sujet. Voici trois conclusions que nous pouvons tirer de cette fascinante expérience de Walter Mischel (voir la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=WZNwqURl8qA).
Gratification immédiate
Nous sommes devenus un peuple incapable de résister à la guimauve. Accrocs à la « gratification instantanée ». Nous voulons jouir tout de suite, et reporter le coût à plus tard. Achetez en un clic de souris. Sortez du magasin avec un spa, payez en 112 versements. Nouvelle instantanée, message instantané, nouilles instantanées.
Le crédit est devenu un mode de vie. Le taux d’endettement des Canadiens sur leur revenu atteint aujourd’hui 153 %. C’est près du double par rapport aux années 1980! Et de moins en moins de gens épargnent pour leur retraite — un concept de plus en plus abstrait.
Même notre santé y passe. Si la majorité des Québécois observait quelques règles simples comme ne pas fumer, faire de l’exercice, manger des légumes et éviter la malbouffe, on viderait les hôpitaux!
Parce que nous avons perdu la volonté de sacrifier le plaisir immédiat au profit de celui de demain. On peut remettre sa guimauve dans le réfrigérateur. Parce qu’on n’a pas vraiment faim, dans le fond. Et collectivement, ça peut faire toute une différence.1
Pour renverser la tendance, le service de garde est très bien placé pour aider les enfants, dès maintenant et pour un meilleur demain :
- Apprendre à attendre son tour
- Développer sa patience en groupe et tenir compte de l’autre
- Réaliser un projet étape par étape en y mettant l’effort et la persévérance
- Ramasser des fonds pour un évènement collectif rassembleur
Et nous les adultes, faut-il se poser quelques questions?
- Quand on demande aux enfants quelque chose, est-ce que ce doit être fait immédiatement?
- Avec des êtres en apprentissage, est-ce normal de répéter?
- Avec des êtres humains, est-ce normal qu’un changement prenne du temps?
Se discipliner
Quatorze années plus tard, les chercheurs ont découvert que les enfants qui avaient résisté à la guimauve, soit environ le tiers (du groupe), avaient de meilleures réussites académiques, étaient plus nombreux à poursuivre leurs études, étaient mieux adaptés dans la société, avaient moins de conflits et de problèmes de délinquance, et qu’ils étaient plus stables dans leurs emplois. Bref, ils étaient plus heureux et réussissaient mieux.2
Apprendre la discipline, c’est parfois se faire dire non (ou oui si…), devoir respecter des limites claires, renoncer parce que les conséquences sont déplaisantes, mais justes.
Capacité de détourner son attention
L’expérience de Mischel a montré que la maîtrise de soi dépend d’une compétence essentielle : la « répartition stratégique de l’attention ». C’est-à-dire qu’au lieu d’être obsédés par la guimauve qu’ils avaient sous les yeux (« le stimulus chaud »), ce qui est une idée terriblement insoutenable même pour le dernier des gourmands, certains enfants ont essayé de détourner leur attention en se couvrant les yeux, en jouant à cache-cache sous le bureau ou en chantant des chansons. « Leur désir n’a pas été vaincu, il a simplement été oublié. » La clef est d’éviter de penser à la guimauve. D’utiliser son esprit pour aller ailleurs, de se pratiquer à le dérouter et que cette façon de faire se transforme en habitude.
Pour Mischel, les plus banales routines de l’enfance (comme ne pas grignoter avant le repas, d’attendre le matin de Noël pour déballer les cadeaux…) sont des exercices d’entraînement cognitifs en catimini, pour nous apprendre à déjouer nos désirs.
Alors, le secret de la maîtrise de soi ne serait pas dans la volonté, mais bien dans la distraction.3
Quand un enfant se blesse peu sérieusement, est-ce que l’intervention est interminable ou utilise-t-on la technique de diversion pour lui faire oublier sa « grande » douleur?
Est-ce qu’on entraîne un jeune vers quelque chose de constructif, de différent, une activité innovatrice pour le sortir de son humeur négative ou de sa procrastination?
Quand on place toute notre attention sur le petit « tannant », n’est-il pas assuré qu’il va faire quelque chose qui ne fonctionne pas? Et si on s’attardait à ses bons coups?
Si on écoute les commérages d’un collègue, est-ce que ça déteint sur notre état d’esprit? Est-ce que ce serait plus efficace de changer de sujet?
Bonne réflexion et je prends une guimauve à votre santé… dans 10 minutes!
Sources :
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Merci pour la réflexion!