L’amplification des réseaux sociaux

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 par Sylvain Bérubé, enseignant de français au secondaire

Dans mon dernier billet, je terminais avec l’aspect réalité de ce monde « faussement » appelé virtuel que sont Internet et les réseaux sociaux. En effet, les réseaux ont un formidable pouvoir d’amplification, et cette amplification peut être très rapide et elle fonctionne autant pour le positif que pour le négatif, comme les deux côtés de toute médaille dans la réalité du monde.

L’amplification apportée par les réseaux pourrait se définir comme un accroissement de la rapidité à laquelle l’information voyage. Par conséquent, on peut aussi ajouter un accroissement du territoire couvert par un événement, soit la planète entière, à la limite. Enfin, on peut aussi parler parfois d’une autre amplification, celle des répercussions d’une action, parfois perçue comme banale au départ, mais qui peut parfois devenir grave… ou merveilleuse !

Quelques exemples :

Exemples négatifs :

1-Chacun d’entre nous avons constaté en janvier dernier combien peuvent être réelles les répercussions dans la vie lorsque trois jeunes ont été accusés de complot pour meurtre dans la région de Québec. Une preuve frappante que ce qui s’écrit sur Facebook (dans ce cas-ci) a bel et bien des conséquences réelles, négatives cette fois-ci, sans compter l’ampleur prise lorsque les autres médias ont véhiculé le tout — j’y reviendrai en conclusion. (Voir l’article ici)

2-La policière-école est venue rencontrer les élèves de 1re secondaire, là où j’enseigne, en février dernier. Les élèves prenaient conscience, à travers les cas véridiques soumis, qu’il arrive que des gens puissent se faire passer pour quelqu’un d’autre, mais qu’en bout de ligne, ce sont des gens réels. Les élèves pouvaient constater que, parfois, certaines personnes sont mal intentionnées, au moment même d’écrire, ou plus tard, dans le cas d’une peine d’amour, par exemple. Si la personne a produit des données compromettantes, celles-ci, une fois sur le web, sont extrêmement difficiles à cacher. Il faut donc apprendre à réfléchir AVANT. La bonne vieille maxime disant qu’il vaut mieux réfléchir avant d’agir n’a jamais été aussi actuelle !

3-La réflexion est un élément toujours essentiel en effet. Je pense ici aux faux concours Facebook où on nous propose constamment de ces trucs qui sont trop beaux pour être vrais, comme gagner un iPad gratuitement parce qu’un lot a été fabriqué avec un tout petit défaut, etc. Le but caché de ces opérations est trop souvent de recueillir des informations personnelles des participants, permettant ainsi d’usurper l’identité des plus naïfs… C’est comme les gens qui arnaquent les plus « vieux » que nous sommes par courriels, où on nous offre toujours une formidable somme d’argent placée dans un compte quelconque, très souvent en Côte-d’Ivoire, par exemple… Alors quand c’est trop beau pour être vrai, c’est trop beau, justement ! Sans devenir paranoïaques, il faut demeurer méfiants et s’abreuver à la source du bon sens régulièrement. Et aussi savoir que l’usurpation d’identité est un crime devenu populaire grâce aux réseaux. Prudence.

Mais tout n’est pas que négatif sur le web, bien au contraire. De belles initiatives naissent et peuvent nous inspirer.

Exemples positifs :

1-L’an dernier, dans le cadre de la semaine internationale de la francophonie en mars, trois classes (certains de mes élèves en étaient une) du Québec et de la France ont formé des équipes et ont dû écrire, de façon complètement collaborative, une petite histoire en 10 tweets. Les meilleures histoires ont été choisies par tous les élèves des deux continents et ont été publiées sur Twitter par la suite. Comme on « jouait » sur les mots plus québécois et les mots plus « franco-français », des définitions ont d’abord dû être données et les membres des équipes internationales ont dû s’entraider, collaborer et aussi vaincre certaines difficultés, comme dans tout travail d’équipe normal.

2-Cet automne, un concours fut organisé ici à Québec, pour toute la francophonie, un concours de twittérature, de la littérature en 140 caractères, qui oblige les jeunes inscrits à chercher du vocabulaire, des synonymes, à travailler encore et encore un texte, si court soit-il, afin d’arriver à un résultat intégrant des notions que l’on retrouve en français, comme les figures de styles, etc. Des élèves du Québec, de la France, du Nouveau-Brunswick et de quelques autres pays francophones ont participé et certains ont gagné de superbes prix. Les textes de ces jeunes ont été diffusés, lus. On pouvait lire la motivation dans les yeux de ces élèves pendant leur rédaction et lors de la diffusion des textes.

Ce mois-ci, mars 2013, un deuxième concours a lieu, chapeauté par Bordeaux cette fois-ci. Les élèves ne peuvent soumettre qu’un court texte (tweet) par classe. Écriture collaborative et choix à faire, donc, avant publication pour le concours. Et dynamique de travail extraordinaire également.

3-Odile Désaulniers, une élève de 5e secondaire de Québec, a publié sur YouTube, le 16 janvier dernier, une vidéo de style « stop-motion » qu’elle a elle-même réalisé. La vidéo de 2 minutes 58 a nécessité plus de 550 dessins : travail colossal né de l’idée d’Odile qui voulait dénoncer l’intimidation et faire différent des campagnes d’information habituelles. Résultat de l’amplification des médias : en moins d’une semaine, plus de 10 000 personnes avaient vu la vidéo et, actuellement, après moins de 2 mois, plus de 31 000 personnes ont regardé. Sur la page de la vidéo, plusieurs ont pris la peine de commenter, phénomène de plus en plus rare aujourd’hui, avec la croissance du nombre d’informations inversement proportionnelle au temps disponible !

À l’aide de ces quelques petits exemples (qu’on pourrait facilement multiplier par dizaines ou même centaines), on voit rapidement combien formidable peut être l’amplification de ces nouveaux médias. L’amplification augmente encore plus quand les médias dits traditionnels participent eux aussi à la diffusion de l’information. Les deux se complètent ainsi dans une sorte de collaboration implicite même si les médias entre eux peuvent aussi être en compétition.

À l’aide de ces exemples, on voit aussi que l’identité numérique, la « e-réputation », est une notion désormais incontournable à laquelle les jeunes (et les moins jeunes aussi) doivent être éduqués, formés. Les répercussions sur le présent et l’avenir de nos jeunes sont trop grandes pour qu’on y soit insensible.

Dans les exemples mentionnés ici, des gens ont parfois travaillé en collaboration, mais parfois aussi plus seuls comme dans le cas d’Odile. Mais même dans ce cas, la collaboration s’est faite rapidement pour la diffusion de l’information et c’est cette collaboration qui doit émerger des initiatives web. « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », dit le proverbe. Cet appel à la collaboration est plus que jamais une nécessité dans notre monde. Et pour cela, il faudra que l’émulation si prisée par certains ne devienne jamais un absolu, mais un complément, un moteur pour certains, sans en faire une obsession. Et pour ce qui est de la vitesse du proverbe, elle viendra dans la collaboration aussi, grâce aux réseaux qui amplifient la diffusion et sa rapidité.

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