Stratégie nationale de prévention en santé 2025-2035

Une stratégie pour mieux vivre, ensemble

Annie Goudreau, agente à la recherche et aux services aux parents
Fédération des comités de parents du Québec
Le 9 mai 2025, un grand forum réunissait des chercheurs, des citoyens, des organismes, des ministères, des municipalités, des milieux de soins et d’enseignement — et même la FCPQ – avec un seul objectif en vue: Améliorer la santé et le bien-être de la population, réduire les inégalités sociales et alléger la pression sur le système de santé.
Le 21 août 2025, le fruit de ce dur labeur aura vu le jour avec le lancement de la Stratégie nationale de prévention en santé.
Mais pourquoi miser sur la prévention ?
Parce qu’une grande partie des problèmes de santé peut être évitée : ils sont souvent liés à notre environnement, à nos habitudes de vie, à l’accès aux soins… ou même à des facteurs génétiques! Et comme notre santé est influencée par notre quotidien — revenu, éducation, emploi, entourage — les écarts entre les milieux sociaux se traduisent aussi en écarts de santé.
Ce n’est pas tout !
Les coûts liés aux soins augmentent plus vite que les ressources disponibles : En 2024-2025, le budget de la santé représentait plus de 40 % des dépenses du gouvernement. Miser sur la prévention, ça devient une façon intelligente de mieux utiliser les ressources.
C’est bien beau tout ça, mais la stratégie, c’est quoi ?
En très vague (et très résumé!), la stratégie, c’est une démarche collective pour bâtir une culture de la prévention au Québec qui s’appuie sur un modèle reconnu à l’international et qui vise cinq grands objectifs :
- Améliorer la santé et le bien-être de la population;
- Offrir une meilleure expérience aux usagers et à leurs proches;
- Réduire les inégalités sociales de santé;
- Soutenir les professionnels du réseau;
- Assurer la viabilité du système de santé à long terme.
Pour y arriver, le Québec a fixé deux cibles claires à atteindre d’ici 2035.
No.1 → réduire de 10 % les maladies qu’on peut prévenir, comme certaines maladies chroniques ou des troubles de santé mentale.
No.2 → réduire de 10 % l’écart de mortalité prématurée entre les milieux favorisés et défavorisés — c’est-à-dire les décès qui surviennent avant 75 ans et qui pourraient être évités.
Super ! Et on fait ça comment ?
Avec quatre grandes orientations et 19 ambitions! (Pour les découvrir, clique sur chaque orientation)
Comment?
→ En mangeant mieux :
Saviez-vous qu’en 2022-2023, seulement 25% des élèves consommaient cinq portions de fruits ou de légumes par jour?
→ En bougeant davantage :
Moins d’un tiers des adolescents au secondaire (24% des filles contre 37% des garçons) sont suffisamment actifs!
→ En disant non au tabac et au vapotage :
En 2022-2023, 16% des élèves du secondaire ont fait l’usage du vapotage malgré l’interdiction de vente aux personnes mineures.
→ En réduisant les méfaits de l’alcool :
En 2020, les coûts sociaux entraînés par l’abus d’alcool ont été évalués à 3,4 milliards$, excluant les conséquences sur l’entourage (violence conjugale et familiale et répercussions sur les enfants).
→ En rendant les soins préventifs plus accessibles :
Les ITSS sont en augmentation chez les jeunes de 15 à 24 ans, notamment en raison d’une perception du risque moins élevée dans certains groupes.
Comment?
→ En soutenant les parents :
Près de deux parents sur trois disent que le temps et l’énergie nécessaires pour s’occuper de leurs enfants dépassent parfois ce qu’ils sont capables de gérer.
→ En créant des milieux favorables pour les enfants et les jeunes :
Près de 29 % des enfants en maternelle ont des difficultés dans leur développement, surtout ceux vivant en milieu défavorisé, où les diagnostics comme le TDAH ou l’autisme sont plus fréquents.
→ En favorisant le bien-être pour tous :
La détresse psychologique chez les jeunes de 15 à 24 ans a fortement augmenté, passant de 41 % en 2014-2015 à 58 % en 2020-2021.
→ En répondant aux besoins de base :
La pauvreté réduit l’espérance de vie en santé de six ans, et en 2023, 7,4 % de la population — surtout les personnes seules et les familles monoparentales — vivait avec de faibles revenus, transmettant les inégalités d’une génération à l’autre.
Comment?
→ En favorisant l’accès à la nature et aux activités de plein air :
Saviez-vous que la nature améliore la santé mentale, la qualité du sommeil et la tension artérielle? Pourtant, 34% des Québécois n’ont pratiqué aucune activité de plein air dans les 3 dernières années. Pour beaucoup de citadins, le contact avec les espaces verts et bleus et difficile voire impossible, d’autant plus que plus de 90 % des rives de rivières et de lacs sont inaccessibles au public, principalement à cause de la privatisation des berges.
→ En aménageant des milieux de vie sains et actifs :
Quand tout est à proximité, on a tendance à s’y rendre à pied plus volontiers. C’est ainsi qu’il faut repenser les quartiers – avec des parcs, des pistes cyclables, des logements abordables et des commerces de proximité, afin d’inciter les gens à bouger, à mieux manger et à se sentir en sécurité. Tout ça mis ensemble peut devenir un levier puissant pour améliorer la santé.
→ En créant des espaces qui favorisent le vivre-ensemble :
Des milieux inclusifs et sécuritaires, où les gens se rencontrent et se soutiennent, renforcent les liens sociaux et le bien-être de tous. Aujourd’hui, moins de 60 % des gens se sentent connectés à leur communauté…
→ En améliorant les conditions de travail :
Près de 40 % des gens vivent du stress lié à leur emploi — et c’est encore plus fréquent chez les jeunes adultes. Les femmes quant à elles doivent souvent composer avec une double charge — travail et famille — ce qui affecte leur santé et leur bien-être.
→ En agissant face aux changements climatiques :
Les cas de maladie de Lyme au Québec ont été multipliés par 6 entre 2014 et 2024, passant de 124 à 834 — un effet direct des changements climatiques.
Comment?
→ En rendant l’information sur la santé plus facile à comprendre :
Au Québec, plus de 60 % des adultes ont de la difficulté à comprendre les informations nécessaires pour bien gérer leur santé, et une personne sur cinq éprouve aussi des problèmes pour lire, calculer ou résoudre des situations dans un environnement numérique.
→ En impliquant les citoyens dans les actions de prévention
Quand les citoyens participent à la prévention, les solutions sont plus adaptées et efficaces. Mais pour que ça fonctionne, il faut laisser une vraie place pour tous, y compris les plus vulnérables.
→ En favorisant la collaboration entre les secteurs :
La santé, ce n’est pas juste une affaire de médecins et d’hôpitaux. Les écoles, les villes, les transports… tous ont un rôle à jouer, tout le monde doit travailler ensemble.
→ En utilisant les données et les technologies pour mieux prévenir :
Les outils numériques aident à mieux comprendre les besoins, prévoir les risques et offrir des services adaptés.
→ En misant sur la recherche et l’innovation pour trouver des solutions :
Pour que tout le monde en profite, il faut les mettre en place à grande échelle, en lien avec les besoins du terrain.
Maintenant, on veut que ça marche !
Et bonne nouvelle : c’est tout à fait possible.
Pour que la stratégie de prévention en santé fonctionne vraiment, tout le monde doit participer :
- Le gouvernement coordonne et finance;
- Les villes créent des milieux de vie sains;
- Les écoles interviennent dès le plus jeune âge;
- Les organismes, les communautés autochtones, les professionnels et les chercheurs partagent leur expertise.
Et quand les citoyens sont impliqués dans les décisions, les actions sont mieux acceptées, plus durables et mieux adaptées aux besoins locaux.
Enfin, des outils de suivi et de reddition de comptes permettront de voir les progrès, d’apprendre et d’ajuster les actions en continu afin de s’assurer qu’on est sur la bonne voie.
En conclusion, la prévention, ça marche… quand tout le monde y met du sien!
Ensemble, on peut vraiment faire une différence !
